samedi 11 juin 2016


Objectivité, subjectivité au sein de notre passion…




Voici un sujet très intéressant ! enfin, j'espère ne pas vous ennuyer avec ! :)

Pour certains d’entre nous nos écoutes devraient, pour se faire plaisir, se rapprocher impérativement et le plus possible, de ce que nous entendons en concert et pour beaucoup d’autres (la grande majorité) l’objectif est de se régaler avec le « son » qu’ils aiment, même si ce dernier n’est pas parfaitement fidèle à la source.

L’émotion selon certaines personnes, doit être générée par l’interprète et la musique. Le matériel ne pouvant pas et ne devant pas, être lui-même «générateur d’émotions» puisque juste un outil de «transfert d’informations musicales»

Tout ceci est fort intéressant et je vais tenter d’apporter un  point de vue (objectif, bien sûr :) !!!) issu de mon expérience  à vos côtés.  Dans la pratique, l’avis selon lequel un casque ne doit être considéré que comme un objet technique créé pour reproduire la musique et non pas la « jouer », est intéressant mais n’est le reflet ni de vos nombreuses réactions, ni de vos attentes.

A tenter « d’objectiver » en repoussant, refusant notre subjectivité, je pense que nous nous leurrons.
Nous, passionnés par la musique et son écoute dans les meilleures conditions possibles,  (avec des enceintes ou avec un casque) évoluons dans un domaine éminemment... subjectif.
Qu’y a-t-il de plus subjectif que d’apprécier un art (subjectif par essence) et de faire au mieux pour pouvoir le savourer selon nos propres critères (tout aussi subjectifs) ?
Le plaisir d’écoute doit-il forcément passer par des notions tangibles, scientifiques (type de conception du matériel, caractéristiques techniques, mesures diverses etc…) ?
Penser qu’un casque « meilleur » que d’autres aux mesures, procurerait nécessairement  plus de plaisir à l’écoute serait une erreur.
En effet, un auditeur X  achèterait-il  un casque qui serait excellent en tous points aux mesures mais qui lui procurerait l’ennui  à l’écoute ? Ce genre de cas existe.
Je doute que nous puissions répondre "oui" à cette question.

Dans la pratique, la grande majorité des acheteurs achètent le casque qui les « fait vibrer » même s’il présente des défauts mesurables, plutôt qu’un casque  techniquement irréprochable, mais qui serait pour eux moins attirant en termes de plaisir procuré à l’écoute.



Quelle importance donner aux mesures techniques ?

Dans cette perspective, et je le vérifie quotidiennement depuis 5 ans maintenant avec les personnes que je côtoie, les mesures ne servent finalement pas à grand-chose, si ce n'est qu'à tenter "d'objectiver". La démarche est louable.
Elles sont utiles à qui aime « savoir », rien à dire là-dessus bien sûr, la curiosité bien ciblée étant me semble t-il, une qualité bien plus qu’un défaut.



Mais il est davantage néfaste de  consulter certaines mesures avant écoute que de les ignorer !
Des mauvaises mesures donneront à la personne qui les consulte un mauvais à priori sur le casque.
Des mauvaise mesures, peuvent détourner la personne qui y prête attention et intérêt, d’un produit ayant pourtant le potentiel d’être hautement musical (et émotionnel) à ses oreilles. Et oui, je dis bien hautement musical et émotionnel….
En effet, un matériel perçu par le testeur X comme étant coloré à la vue d’une courbe de réponse en fréquences accidentée et ne remplissant pas de fait sa mission « consistant à n’être qu’un outil technique » de reproduction devant s’effacer devant les prestations des musiciens pour n’en laisser que l’essence, sera parallèlement appréhendé par le testeur Y, comme une « machine » à procurer de l’émotion, qu’il soit fidèle ou non à la source. Le mot « musical » apparaîtra alors dans sa bouche, ce qui surprendra ou même choquera, le testeur X.
Deux visions bien opposées d’un même matériel !

De bonnes mesures, quand à elles, nous diront que le casque est performant dans tel ou tel domaine, ce qui est en soit, une bonne chose. En même temps, si ce casque ne nous plait pas à l’écoute, les mesures ne nous auront pas servi à grand-chose.  En revanche, s’il nous enchante, les mesures nous seront utiles pour confirmer que ce casque à de bonnes raisons de nous plaire !
Les mesures, pour ce que j’en pense, ne sont pas très utiles dans le choix d’un casque. Les mesures n'ont pas autorité à me convaincre ou non d'apprécier un appareil ou a contredire ce que j'entends.
Elles peuvent, cependant, confirmer.
Ceci dit, consulter la réponse en fréquences ou se renseigner sur les taux de distorsion ou l’aptitude à reproduire les transitoires etc… quelques temps après l’achat, juste pour « apprendre », en savoir plus ou comprendre,  oui bien sûr, pourquoi pas.


Pour continuer sur ma réflexion relative à notre objectivité / subjectivité…
La subjectivité, précisons-le, signifie que c’est dans «l’homme», c'est-à-dire dans « nous », que se trouvent le motif et l’origine de tout rapport aux choses, de même que de toute relation à autrui.

A la condition que ceci soit admis, ce que nous croyons être « notre objectivité » n’est autre qu’une illusion, un filtre posé devant notre propre intellect.



Ce filtre trompeur (nous sommes sûrs d’être objectifs) étant lui-même la composante de plusieurs autres filtres apporteurs d'illusion (comme l'oignon, composé d'une succession de couches superposées). Ces "filtres" résultant pour chacun d'entre eux, d'un enchaînement d’expériences (depuis notre naissance, comme les cernes ajoutées par le temps et visibles au tronc de l'arbre coupé) générant chez nous une vision "colorée" de la réalité. Cette réalité qu'illusoirement nous pouvons penser être objective...




...mais qui finalement, est bien loin de l'être.
La succession sans fin de ces "filtres", est en son départ le point sortant et en son arrivée, l’aboutissement de « qui nous sommes aujourd’hui », nous, parfaitement subjectifs (et pour cause !), qui pensons et agissons, essayant avec l'outil de notre propre subjectivité, d'objectiver. C’est magnifique et copieusement pernicieux !



Aimer le casque X ou ne pas l'aimer, est également éminemment subjectif. Tenter d'objectiver le choix ou le refus du casque X, par exemple, est un leurre (on peut très bien se faire plaisir en se leurrant soi-même), Tenter de n’être qu’objectif dans une description, le compte rendu d’un produit est également tout à fait louable, mais un joli leurre quand à son taux de réussite espéré !
J'attends avec impatience, le retour d'un testeur dans lequel il sera impossible de desceller la moindre trace de subjectivité...

La subjectivité n’est-elle pas d'ailleurs le terreau de notre passion?
Pourrions nous être passionné, si nous n’étions « qu’objectif « ?
En pensant être « objectif »,  nous pensons que notre « réalité du moment » est objective. Mais…c’est quoi « la réalité objective » pour ce qui nous concerne ?
Quand nous écoutons de la musique, lorsque nous convoitons un casque.

Ecouter un enregistrement chez soi, sur un système donné, d’une œuvre entendue en concert dans une salle ayant sa propre acoustique, interprétée par des musiciens donnant eux même « un son » à leurs propres instruments, des jours, des semaines, des mois avant ? Et comparer « ce cocktail » mémorisé, (et déformé par les distorsions induites par notre mémoire)




 à ce que notre système nous donne à l’écoute de la même œuvre, des jours, des semaines, des mois après ?
Cette même œuvre ayant été enregistrée dans une salle / pièce à l’acoustique différente, par un ingénieur du son qui a lui même apporté sa propre vision du "son" de l'oeuvre qu'il a enregistrée, oeuvre jouée par des instrumentistes et des instruments différents, avec des rythmes différents etc…..

Et quand bien même ce serait le même orchestre, l’acoustique de la salle d’écoute et celle du lieu d’enregistrement ont toutes les chances d’être différentes.

Quand à la probabilité d’assister à un enregistrement « live » ….

Mais dans ce cas, nous devrons encore une fois faire confiance à notre mémoire auditive, conservée (dans quel état ?) depuis l’écoute du concert / enregistrement…Et là….c’est loin d’être gagné…

Réalité objective ? Personnellement, je n’en vois pas.



La seule réalité objective serait que la même personne puisse comparer directement, dans le lieu ou jouent les artistes, tout de suite après leur prestation, leur son emmagasiné depuis peu dans sa mémoire auditive et enregistré quelques instants avant. Ce son étant alors issu d’un système d’enregistrement le plus « neutre » possible et réentendu immédiatement après, sur un système de reproduction sonore le plus « neutre » possible.
Et même dans ces conditions... il est évident qu'en y réfléchissant bien, il sera possible de démontrer que l'expérience ne pourrait pas être validée comme totalement objective.

Je pense qu’il est bon d’accepter que chacun puisse avoir sa propre réalité. La comparaison directe que je viens d’évoquer étant impossible à expérimenter pour nous et de manière récurrente (sauf sûrement pour certains professionnels de l’interprétation / reproduction/ enregistrement sonore)
La seule réalité qui est la nôtre, est de tenter de se faire plaisir au mieux, en écoutant de la musique et en la comparant ou non à ce dont nous nous souvenons des concerts auxquels nous avons assisté .
Que ce soit avec le système que nous pensons être le plus « neutre » pour nous, ou le plus euphonique à nos oreilles.




Cela n’ayant pas la moindre importance, puisque notre souhait à TOUS, est que le matériel acquis nous procure le plus de plaisir possible, quelque soit sa façon (chacun a ses propres critères et préférences, d'où "sa propre réalité") « d’interpréter » le message musical.

Pour moi donc et j'en termine avec ce sujet passionnant, (en espérant avoir été objectif dans mon analyse :) !) rien n'est "clair", rien n'est figé et il y a autant de visions du monde, de rapports à l'objet et de rapports à autrui, qu'il y a d'individus sur notre jolie planète..
Accepter ceci, aide à comprendre sans juger les personnes qui cherchent la "neutralité" aussi bien que celles qui se régalent de "l'euphonie" voir de la "coloration"

Oui  personnellement, je pense qu’un casque peut posséder un potentiel latent à faire de la musique. Qu’un casque est capable de créer ou non de l’émotion, plus qu'un autre, oui bien sûr.



Je vois des personnes qui écoutent le même morceau toute la journée sur différents ensembles. C’est leur manière de sélectionner.
Et puis tout d’un coup, les voilà avec la chair de poule ou la larme à l’œil… Elles ont juste changé de casque….L’Œuvre est la même, l’enregistrement est le même, donc bien évidemment, les musiciens aussi, mais…une émotion émerge au seul changement de casque.
Pour la personne en émoi, ce casque « fait » indubitablement plus de musique qu’un autre.



Et cette personne se fiche bien de savoir si le casque en question est bon ou mauvais aux mesures, s’il est neutre au pas.
Mieux, cette capacité d’un casque à générer de l’émotion peut être le résultat de ce que d’autres appelleront peut-être des défauts, des colorations…

Bien entendu, un casque n'a pas le pouvoir intrinsèque de "créer" du plaisir.
Mais le "son" de ce casque sera plus propice à générer l'émotion sur une personne donnée que le "son" de cet autre casque. Et inversement, il ce peut que "cette signature sonore émotionnelle" laisse froid un autre auditeur qui y serait moins sensible.

Mais avant tout et bien entendu, je ne les oublie pas, la musique et ses interprètes sont et resteront le tout premier vecteur émotionnel.

Cette réflexion n'a pas vocation à proposer "la vérité", elle est juste ma manière de m'exprimer sur le sujet traité.

Je vous invite bien sûr à rejeter tout ce qui ne vous convient pas.

Voici deux liens qui nous mèneront à la source de deux discussions très intéressantes, d’où est issue ma réflexion

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